
N° 2 · Automne 2026
Regard · N° 1 · Été 2026
Il arrive qu’en séance, l’enfant ne fasse pas ce que ses parents attendaient. Il n’a pas envie de faire un câlin à sa petite sœur, de donner un bisou, ou juste d’être là à « faire des photos », pour jouer à la famille parfaite. Je comprends l’envie de garder une image de l’année où tout le monde est tendre et complice. Mais ce refus n’a rien de grave. Alors je prévois avec la famille une activité que l’enfant aime : il garde sa place dans la séance sans avoir à jouer un rôle.

« Allez, fais plaisir à maman. » « Elle va être triste. » « Tu n’es pas gentil. » « Tu n’as pas été sage. »
Ce sont parfois des petites phrases. Elles apprennent à l’enfant que le désir de l’autre peut passer avant ses propres limites.

Le consentement s’apprend dès l’enfance : ne pas forcer un bisou, ne pas imposer un câlin, ne pas demander à un enfant de faire plaisir à quelqu’un avec son corps, ne pas lui apprendre que quelqu’un sera triste, fâché ou déçu s’il dit non.
Ce n’est pas apprendre aux enfants à faire tout ce qu’ils veulent, c’est leur apprendre que leurs limites comptent.
Dire bonjour, merci, au revoir : c’est du respect. Il se montre de mille façons, un mot, un sourire, un signe de la main. Imposer une bise, c’est autre chose : demander à un corps de donner un contact qu’il ne veut pas donner. Les deux ne se confondent pas.

Un enfant peut être poli sans embrasser personne.

Quand un enfant dit non, qu’est-ce qu’on entend ? Un caprice, ou une information sur ce qu’il ressent ? Si on lui répond « mais non, tu n’as pas peur » ou « mais si, tu en as envie », à qui apprend-il à faire confiance : à lui, ou à nous ?
On n’apprend pas à respecter le corps des autres sans avoir vu respecter le sien. Un enfant à qui on demande « tu veux un câlin ? », et dont on accepte la réponse, apprend aussi à demander, et à entendre un non.
En tant qu’adultes, nous avons beaucoup de pouvoir sur les enfants. Nous décidons de presque tout pour eux. Hors santé, et parfois hygiène, et selon leur âge, pourrions-nous les laisser décider de ce qui concerne leur propre corps ?


C’est ce que j’essaie de faire pendant mes séances. Je ne cherche pas à photographier une famille témoin. Je ne demande pas aux enfants de jouer à être heureux, ni complices avec leur parent ou leur petite sœur. Je propose, mais surtout je préfère observer ce qui est déjà là : un regard, une distance, une main qui vient se poser, un câlin qui arrive parce qu’il a été choisi.
Si l’enfant n’a pas envie, ce n’est pas un problème. Mon objectif est que tout le monde passe un bon moment. Souvent, il a envie de faire autre chose, et ce sera tout aussi photogénique. Il n’en est pas moins sage.


Les belles photos, pour moi, ne sont pas celles où chacun fait ce qu’on attend de lui, mais celles où chaque membre de la famille a la place pour être lui-même.

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Raconte-moi où tu en es, ce que tu aimerais garder : une tranche de ton quotidien ou plutôt un moment dans la nature. On construit la séance à partir de là.
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